Si le verbe est le même, le sens ne l'est pas, la petite particule change tout ! En effet, le verbe "abandonner" est synonyme d'un arrêt, parfois d'une fuite, d'un découragement, d'un épuisement quand nous avons atteint nos limites. Cela peut être physiquement, émotionnellement et spirituellement.

Nous pouvons abandonner la partie car elle est perdue d'avance, lorsque c'est un jeu de société, l'impact n'est pas important. Mais dans la vie, les conséquences ne sont pas toujours les mêmes.

L'expression "j'abandonne" signifie "jeter l'éponge". Cela peut être dû à notre incapacité technique, par exemple, nous n'arrivons pas à comprendre l'algèbre. Après des cours de mathématiques, des heures à relire l'énoncé, nous abandonnons cette logique mathématique, notre cerveau ne semble pas intégrer la gymnastique des chiffres et exposants. Nous sommes à la limite de nos possibilités intellectuelles à moins que nous n'ayons pas rencontré le passionné pour nous expliquer la théorie.

La mère face à un ado têtu et borné finira par abandonner l'idée de lui faire ranger sa chambre. Elle trouvera d'autres stratagèmes pour lui faire entendre raison puis, de guerre lasse, seule face à ce caractère en mutation, parfois le manque d'autorité, elle signera l'arrêt, décrétant qu'elle a autre chose à faire que de se battre continuellement avec lui.

Peut-être que parfois c'est la solution ; s'arrêter pour se poser les bonnes questions. En effet l'abandon s'il n'est pas suivi d'introspection équivaut à la capitulation. Souvent face à un parent dans un contrôle absolu, soit l'enfant se révolte, se bat, soit il capitule et devient un "gentil" se pliant aux exigences de l'adulte, souhaitant être aimé par-dessus tout.

Abandonner, c'est la cessation d'un comportement, par exemple, un arrêt de consommation de cigarette. Nous abandonnons cette habitude toxique qui nous détruit à petit feu. Si l'action est positive sur notre santé et celle des autres, le comportement impulsif ne sera guéri que si la personne comprend, non seulement que les produits sont addictifs mais pourquoi elle a commencé à fumer et ce que cela lui procure. Si l'addiction est remplacée par un excès de sucre, l'abandon est illusoire, il est simplement physique mais ne va pas plus loin.

S'abandonner, n'a rien à voir. Il peut être compris intellectuellement, dans une croyance de lâcher-prise. Le vrai lâcher-prise, c'est une acceptation profonde, emprunt d'humilité, d'honnêteté envers soi, l'autre et la situation. C'est voir notre limite dans le moment présent à vouloir contrôler les choses, les émotions, les autres. La sécurité illusoire s'écroule pour revenir intérieurement à une justesse qui est bien en delà du mental. 

Ainsi peu d'êtres s'abandonnent réellement intérieurement à cette acceptation, à ce changement. Car pour vivre cet abandon, il est nécessaire de s'ouvrir pleinement à cette vibration qui vit en nous et nous traverse. C'est un acte d'Amour entre soi et soi, c'est faire silence et vivre dans un changement de vision. Si le mental vient entraver ce lâcher-prise, alors la liberté sera faussée. C'est extrêmement subtil.

Nous comprenons ainsi la différence entre abandonner et s'abandonner. Soit nous le vivons dans le physique, dans une compréhension, dans une émotion ou réaction, soit nous le vivons spirituellement. Arriver à ce point d'équilibre qui ouvre la porte à autre chose qu'à nous même et ce que nous connaissons, est un travail en profondeur. S'il dépend de nous dans le travail, le vivre est un passage entre le petit "soi" et le grand "soi". C’est une petite mort en quelque sorte.

Finalement, c’est s'abandonner à la Vie, celle qui vit en Nous et non cette illusion du monde extérieur. Le mental ne peut plus lutter, il n'a plus d'arguments. C'est un travail pour vivre cet abandon-confiance. Les enfants l'ont naturellement et certains adultes aussi. Mais cela est tellement simple, que face à des êtres qui ont tout compris, qui contrôlent tout, le doute nous éloigne de cette vérité.

S'abandonner est un acte de foi qui ne s'apprend pas dans les livres, c'est revenir à son "origine" intérieure, loin d'un esprit qui cherche à savoir et un mental qui veut comprendre. Ce n'est pas aimer mais être Amour.

Vivre en Meta, c’est revenir à cet équilibre intérieur, à cette vibration subtile qu’est l’essence de la Vie.

 

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